LE MEDLEY D’ABBEY ROAD: APRÈS LES HUIT CHANSONS, ENCORE HUIT AUTRES!

LE MEDLEY D’ABBEY ROAD: APRÈS LES HUIT CHANSONS, ENCORE HUIT AUTRES!

19 septembre 2019 1 Par Génération Beatles

En partant de bouts de chansons de Lennon et McCartney et en réalisant des enchaînements stupéfiants, les Beatles livrent sans doute plus beau medley de l’histoire du rock

Devant les studios d’Abbey Road, les fans écrivent « we love you » ou des paroles de chansons. Une fois de plus, comme dans Because, The Sky is Blue, mais cette fois-ci, l’extrait vient de l’Album Blanc. Vous avez trouvé le titre, vous avez un doute ou une certitude ? Partagez dans le commentaire ci-dessous…

Le Medley est donc l’occasion pour Paul et George Martin de retrouver l’idée initiale d’un album opéra. Un opéra court, certes, un peu plus de 16 minutes en 8 chansons, toutes composées par Lennon ou McCartney et qui n’avaient pas fait l’objet d’une finalisation. John trouve l’idée excellente et y voit un moyen « de se débarrasser de bouts de chansons ». Le Medley, qu’on ne peut se résigner à traduire par mélange ou pot-pourri, tant il n’est ni l’un ni l’autre, est juste pour ce final des Beatles l’exacte reproduction de la façon dont le couple Lennon-McCartney travaillaient : l’un des deux arrivait avec un projet, le jouait à l’autre qui complétait aussitôt par un refrain, un pont, quelques lignes de texte ou de mélodie. C’est bien ainsi que cet historique medley a été écrit et enrichi, la mission ayant été confié à George et Ringo de travailler si nécessaire sur les liaisons entre chaque morceau.

Premier titre, You Never Give Me Your Money, de Paul, qui y voit l’occasion de se plaindre du nouveau manager, Allen Klein, imposé par ses comparses et qu’il n’accepta jamais, ayant suggéré pour sa part les noms du père et du frère de Linda Eastman (qu’il épousera en cette année 1969), tous deux avocats d’affaires new-yorkais. « Tu ne me donnes jamais ton argent, seulement tes drôles de papiers », référence aux contrats que Paul refusera toujours de signer. Chez Les Beatles, on est libre de chanter ce qu’on veut, y compris contre le management. Paul est au Steinway, que l’on accélèrera pour lui donner un son plus « bastringue », George administre une superbe mélodie de basse, John, Paul et George rajoutent des guitares et des chœurs. Les quatre minutes de la chanson se concluent par quelques bruitages estivaux et bucoliques concoctés par Paul (clochettes, grillons) pour enchaîner avec Sun King.

Ce titre de John résonne comme un écho à Here comes the Sun et plus encore à son goût affiché pour la langueur et la paresse (I’m Only Sleeping sur Revolver ou I’m So Tired sur L’Album Blanc, …. ). Le non-sense s’invite à nouveau, cette fois-ci dans une sorte de sabir italo-espagnol qui ne veut rien dire mais évoque bien, comme l’illustration musicale subtilement léthargique, ce Soleil Roi.

Lennon enchaîne avec une autre chanson, Mean Mr. Mustard, enregistrée au cours de la même séance que la précédente. Elle raconte l’histoire de ce méchant Mr. Mustard, un clochard qui crie des obscénités, se met des billets de dix livres dans le nez et dont la sœur, Pam (utile transition avec le prochain morceau) l’emmène voir la reine… Une chansonnette allègre que Paul aimait bien mais pas John ! Les Beatles sont à leur place pour l’exécution, parfaite. La chanson dans version « démo » faisait à l’origine trois minutes. Elle est écourtée par John de deux minutes, et coupée de son accord final par un des techniciens, accord qui ne sera pas perdu…

Devait suivre Her Majesty de Paul, mais celui-ci n’aimant pas la liaison avec le titre précédent, la chanson cède la place à Polythene Pam. Une minute dix secondes pour ce morceau, mais quarante prises furent nécessaires, John étant mécontent du jeu de Ringo. Le batteur retravaille sa partie avec l’aide de Paul et la ré-enregistre seul. Et ce sont bien les percussions qui donnent toute son énergie à l’histoire de cette Pam habillée en polyéthylène et attractively buit, traduisons « bien roulée », à laquelle Lennon lui-même donnera de multiples origines.

L’histoire a été confirmée, y compris par Paul, à plusieurs reprises : un groupe de fans stationnait régulièrement devant sa maison et l’une d’elle (l’histoire a conservé son nom) a pénétré par la fenêtre de la salle de bains, s’emparant même de quelques objets (quel autre intérêt ?). She Came In Through The Bathroom Window suit donc directement Polythene Pam et à la différence des précédents est composée comme une vraie chanson (intro, refrain, couplets). Tout en se demandant de quoi elle parlait, Harrison considérait que c’était une très bonne chanson, avec de bonnes paroles…

Dans Golden Slumbers (Sommeil d’or), Paul donne toute la mesure de son talent vocal et de composition. Pour le texte, il s’inspirera d’une comptine du XVIIème siècle dont il ne conservera finalement, en les modifiant, que les quatre premiers vers. Il assure le piano et la voix, George prend la basse, Ringo lance la batterie à la fin du premier couplet. Les premiers enregistrements ayant lieu alors que Lennon est encore à l’hôpital, les trois autres Beatles assureront les chœurs. George Martin dirigera le 15 août l’orchestre classique qui assurera le même jour les parties orchestrales qui évoquent Eleanor Rigby, de trois autres titres.

Composé également par Paul, Carry That Weight (Porte ce fardeau) est conçu dès le départ pour suivre Golden Slumbers. Chez les Beatles, on l’a vu, on peut tout dire du moment que c’est en musique, et Paul évoque à nouveau les difficultés et leur poids. Il dira plus tard que ce furent « les heures les plus sombres de sa vie ».

Quelques coups de toms de batterie marquent le lien entre les deux morceaux, Paul entonne puissamment accompagné par les chœurs la phrase, « Boy, you’re gonna carry that way, a long time » (mon gars, tu vas porter cela longtemps), les trente instruments classiques relancent de façon magistrale l’air de You Never Give Me Your Money, suivis par un solo d’Harrison. Et à son tour, Paul reprend les paroles du même titre. Puis les chants reviennent sur Carry That Weight. Et boucle magique, la chanson se termine par une liaison vers The End.

Les Beatles savaient-ils qu’ils approchaient de la fin ? En tout cas, The End est le dernier titre (prévu) de leur dernier album. Et pour la première fois, ils demandent à Ringo de faire un solo de batterie, (qui s’avèrera magistral de simplicité) exercice que ni lui, ni les autres Beatles ne trouvaient d’ailleurs très intéressant. Autre originalité, George propose à Paul, le compositeur principal du titre, d’insérer un solo de guitare. John demande qu’on lui laisse le jouer… Finalement, ils s’accordent sur un solo joué tour à tour par chacun d’eux, dans l’ordre, Paul, puis George, puis John. Et nouveauté encore, John demande à Yoko de ne pas les rejoindre pour cet enregistrement. Les Beatles retrouvent l’énergie, l’inspiration et la fougue de leurs débuts. Grâce à ces longues heures passées à jouer dans les clubs de Hambourg et de Liverpool ils affichent immédiatement la précision acquise au cours de ces années. Conscients également qu’il s’agit d’un beau défi de guitaristes, chacun donne le meilleur et une seule prise sera nécessaire.

Paul ajoute une dernière phrase à la chanson, très inspirée et disait John, « très philosophique, cosmique » : « And in the end, the love you take is equal to the love you make » (Et à la fin, l’amour que tu reçois est égal à l’amour que tu donnes). Elle vaut a minima, pour ce que chacun des Beatles a donné aux autres et sans doute pour ce qu’ils ont donné aux amateurs.

Le disque se serait terminé là, si le hasard n’avait pas convoqué un dernier clin d’œil plein d’humour : le bout de bande magnétique sur lequel avait été enregistré Her Majesty qui ne convenait pas à Paul, est collé par un technicien vingt secondes après la fin du Medley. Une coupe un peu brutale fera commencer Her Majesty par le dernier accord de Mean Mr. Mustard. A l’écoute finale tout le monde s’enthousiasme du résultat. La plus courte chanson des Beatles devient le premier bonus caché de l’histoire du rock. Paul avec sa guitare pour seul accompagnement entonne cette quasi-déclaration d’amour à la reine Elisabeth, « un peu irrévérencieuse, mais très troisième degré », dira-t-il. Le titre de la chanson n’apparaitra même pas sur la pochette des premières éditions du disque, ce qui ravira les collectionneurs.

L’édition du 50ème anniversaire

A noter que dans l’édition du 50ème anniversaire, Her Majesty sera repositionnée après Mean Mr. Mustard, tel que prévu à l’origine. Crime de lèse-Beatles ou retour au programme original ? N’hésitez pas à commenter ci-dessous

Prochain post : Pour leur séparation, les Beatles avaient décidé de revenir… et une photo elle aussi emblématique